Où il est question d’une saison qui n’a pas eu lieu, d’un futur dans le passé.
D’une saison, peut-être autre que les quatre connues.
Où l’on ne sait plus.
Où l’on ne sait plus où l’on est, qui est qui, et quelle heure il est.
Une saison où il n’y aurait plus personne, pour faire la vaisselle, pour s’asseoir, rester sur le pont, où une partie semble terminée, n’a pas encore commencé (?), où l’atmosphère manque de lumière.
Saison, série énigmatique où les êtres sont esseulés. Une main, posée, des corps sans tête, un buste nu et de dos, des visages aimés, lointains, au regard un peu perdu, absents, tranquille et vague, dans la pénombre.
L’espace est clos – immobile – comme un cycle arrêté ou délaissé, stoppé à un étage inconnu et en attente, d’on ne sait quoi. Séparé de l’extérieur agité.
A l’intérieur, quelqu’un attend et regarde, ce qui bouge, au dehors. Ombres projetées, éphémères, sur les murs, derrière les fenêtres, des oiseaux libres de leurs mouvements.
Le temps photographique permet le constat, autorise à s’abstraire.
L’artiste, dès le titre, nous installe dans un futur qui n’aura pas lieu.
Futur antérieur. Temps du récapitulatif, du bilan.
C’est Elle qui fixe le cadre, titre l’œuvre passée, fige quelque chose qui, lorsque les autres le regarderont sera terminé mais qui, pour Elle, demeurera souvenir, présent.
Entomologie d’un instant, donc, plus ou moins long, d’une attente.
Car si cette science étudie les insectes dont l’étymologie nous rappelle que ces petits animaux vivent – croyait-on – après avoir été coupés, l’artiste capture et découpe son année, en 2×12 étapes, pour (se) prouver qu’elle a eu lieu et la revisite, pour en comprendre les significations.
Vivre, c’est chercher du sens, trouver une direction, s’arrêter et repartir sans cesse. Et photographier un présent qu’on ne parvient pas à comprendre, comme on conserverait des boites bien rangées – pour le mettre en perspective plus tard et tenter d’en cerner les tenants et les aboutissants – est peut-être une manière (la seule ?) d’exister, à cet instant-là, pour l’artiste.
La photographe garde le temps, le re-garde et le/se sauve.
Avec son medium artistique, comme bouée de sauvetage, Elle nous offre sa vision intime de l’existence.
Deux éviers encadrent ces 24 images. Le premier encombré, en attente. Mais le dernier, fraîchement nettoyé, est habité par un insecte, celui-là même que l’on appelle imago – forme adulte, définitive de l’insecte sexué à métamorphoses complètes ou incomplètes (sic).
En cette dernière image, le sujet photographié, comme Celle qui capture l’instant peut, dès lors, se re-mettre en chemin, à la recherche d’une future destination, inconnue, mystérieuse, mais à venir.
Le temps est mouvement. Il laisse partout les traces de son passage. Le temps est voyage.
Et cette série photographique, s’offre comme une escale, en quête de trêve et de sens, avant de continuer, vers un prochain été (?), un futur passé, à vivre au présent.
y.u. (février 2025)